Si le schéma de la famille recomposée devient un modèle de plus en plus rencontré, il n’en demeure pas qu’il n’est pas simple à mettre en place. Rôle du beau-parent, différences d’éducation, conflits entre les enfants. Accordez-vous monsieur et madame afin d’aider vos deux familles à s’entendre et ne faire qu’un. Voici quelques recommandations du spécialiste en la matière.

Instaurer un climat de respect

Pas facile pour un beau-parent d’arriver dans une famille. Qu’il soit accompagné ou pas de ses propres enfants, il sera forcément perçu comme un fauteur de troubles qui vient perturber un quotidien rassurant. Dès le départ, soyez clair avec vos enfants : ils n’ont aucune obligation d’aimer leur beau-père ni leurs beaux-frères et sœurs, mais ils doivent les respecter.

De même à votre égard, soyez cohérente : traitez tous les enfants sur un pied d’égalité, ne privilégiez jamais les vôtres au détriment de ceux de votre compagnon. Aussi, lorsque votre compagnon est en conflit avec l’un de vos enfants, soutenez-le, quand bien même vous n’approuvez pas totalement son point de vue. En montrant aux enfants que vous êtes tous deux soudés, que vous formez une alliance parentale, vous les aiderez à accepter cette nouvelle configuration et à y trouver des repères rassurants.

Rien ne vous empêchera ensuite de régler vos désaccords tous deux après le coucher des enfants.

Enfin, aidez vos enfants à s’accepter les uns les autres en leur proposant des moments d’échange et de partage. Organisez des sorties, des jeux, tous ensemble. Donnez-leur l’occasion de se rendre compte des avantages de la situation, en appréciant des instants joyeux avec leurs frères et sœurs adoptifs.

Définir de nouvelles règles

Vos enfants ont le droit de regarder la télé en rentrant de l’école, pas ceux de votre nouveau conjoint. Votre compagnon leur autorise des sorties tardives, vous êtes plus restrictive sur ce point. Plutôt que de vous quereller continuellement sur vos différences d’éducation, fixez dès le départ des nouvelles règles de vie, propres à cette nouvelle famille. Mettez-vous d’accord tous deux puis énoncez à chacun son nouveau rôle et le nouveau mode de fonctionnement.

Procédez sous la forme d’une réunion familiale, où chacun aura le droit de s’exprimer et donner son point de vue, afin de les impliquer et de dénouer immédiatement les tensions. Par ailleurs, vous devrez également vous mettre d’accord sur le point de l’autorité. Acceptez-vous que votre nouvel amoureux intervienne dans l’éducation de vos enfants ? Ou préférez-vous qu’il ait uniquement un rôle plus passif, en vous soutenant, mais sans agir directement ? De même pour vous, en tant que belle-mère. Déterminez ce degré d’autorité en fonction de ce qui vous paraîtra le plus naturel et ce avec quoi vous serez l’un et l’autre le plus à l’aise.

Prendre soin de son couple

Avec tous les conflits qui vont naître de la recomposition familiale, entre vos enfants et les siens, entre ses enfants et vous, entre vos enfants et lui, le quotidien risque d’être rude et votre couple risque de passer au second plan. Pourtant, ne le négligez pas ! C’est lui qui est à l’origine de cette nouvelle configuration, ce couple en lequel vous croyez suffisamment pour mettre tout ce petit monde en branle, ce couple qui vous redonne l’envie d’y croire.

Prenez autant que possible le temps de parler, calmement et posément, des problèmes que vous rencontrez. Et surtout, ménagez-vous des moments rien qu’à vous, loin des enfants, le temps d’une soirée, d’un week-end ou d’une semaine. Gardez en tête que plus vous serez en harmonie tous les deux, plus vous parviendrez à surmonter les difficultés et à transmettre une atmosphère apaisante dont vos enfants respectifs se laisseront empreindre.

Cessez de croire que l’amour va aplanir tous les obstacles

Un des leurres les plus dangereux pour ceux qui relèvent le défi de fonder une famille recomposée, c’est cette croyance que l’amour, par sa seule puissance, va abattre toutes les difficultés. Ce n’est pas parce qu’on aime follement un homme qu’on va aimer ses enfants ! Il est tout à fait concevable de ne pas aimer les enfants de votre compagnon comme vous aimez les vôtres. Cela ne vous empêche pas d’être attentive, de les traiter avec respect et de nouer avec eux une relation positive.

C’est aussi valable du côté des beaux-enfants. On ne se force pas à l’amour, s’il est là, c’est formidable, mais ce n’est pas la fin du monde si ce n’est pas le cas. N’obligez pas votre enfant à aimer votre nouveau compagnon. Laissez le temps faire les choses. C’est plutôt au conjoint de “draguer” et d’avoir la confiance du conjoint ou de la conjointe.

Tenez compte de la fragilité psychologique des enfants

Tout enfant confronté à la séparation de ses parents est fragilisé, déstabilisé. Cela doit être pris en compte. Même si c’est dur à supporter, il faut bien comprendre que l’agressivité d’un enfant voyant débarquer dans sa vie une nouvelle femme ou un nouvel homme est naturelle, il réagit à la situation qui le stresse. L’enfant se sent insécurisé, il craint de perdre l’amour de son parent, il pense que celui-ci va moins l’aimer. Voilà pourquoi il est essentiel de le rassurer et de le sécuriser en lui réaffirmant à quel point il compte, en lui disant avec des mots simples que l’amour parental existe pour toujours, quoi qu’il arrive, même si son papa et sa maman se sont séparés, même s’ils ont chacun un nouveau conjoint dans leur vie.

Ne vous focalisez pas seulement sur votre nouveau couple

On est souvent un peu égoïste, dans sa bulle, quand on est amoureux. Pour ne pas braquer vos enfants ni les siens, évitez les démonstrations amoureuses devant eux (avant, c’est leur papa que leur maman embrassait), qui peuvent les choquer, et ils n’ont pas à être impliqués dans la sexualité des adultes. Ça ne les regarde pas. Même si vous voyez la vie en rose dans les bras de votre nouveau chéri, n’oubliez pas d’être disponible pour vos enfants. Même s’ils vivent au quotidien avec leur beau-père, ne rayez pas leur père biologique du paysage, continuez à assumer vos responsabilités parentales ensemble. Les critiques au sujet du parent biologique sont très perturbantes pour l’enfant, car dévaloriser les adultes qui le construisent, c’est dévaloriser une partie de lui-même. Pris dans un conflit de loyauté, il risque de s’interdire une relation avec son beau-père par crainte de trahir son père absent.

Sachez écouter les plaintes de l’enfant

Il est difficile pour l’enfant qui vient chez son parent le week-end de voir celui-ci s’occuper à temps plein des enfants d’un autre… Même si vous faites tout pour qu’il ne se sente pas “simple visiteur”, la jalousie est inévitable. Les conflits liés à la jalousie sont constitutifs de la fratrie et de l’humanité. C’est connu, c’est banal, mais c’est toujours difficile à vivre pour ceux qui s’y trouvent confrontés. On n’aime pas que les enfants se plaignent, mais il est important d’accuser réception de leur plainte pour qu’ils se sentent entendus. Inutile de dire « Je t’aime autant, même si tu n’es là qu’un week-end sur deux ! » Il sait bien que ce n’est pas pareil que pour ceux qui sont là en continu. Il sait que la relation est différente, hachée, qu’il lui manque le quotidien. Pour l’aider à ne pas se sentir moins aimé que les autres, il est important qu’il partage des moments privilégiés avec son parent, en tête-à-tête, rien que pour lui. Ces moments singuliers, il les remportera comme des trésors dans l’autre maison.