Il y a des évènements auxquels vous êtes invités en tant que journalistes et vous repartez de là avec de nombreuses questions qui vous taraudent l’esprit. Si ce n’était que ça, une enquête ou un reportage aurait peut-être permis d’éclairer la lanterne. Mais c’est quand vous partez de là avec des images qui vous reviennent à tout moment non sans vous attrister. L’exemple flagrant, pour me faire comprendre, c’est cette activité à laquelle j’ai pris part dans la commune de Koumassi, la semaine dernière.

Et où je me suis rendu compte que de milliers de filles n’ont pas accès aux protections hygiéniques pendant leur période menstruelle. Le mot est lâché, les menstrues. Un véritable tabou dans les familles et même dans les couples. Certains hommes, rien qu’à entendre ce mot, frissonnent de gêne. Ne leur demandez pas d’en parler avec leur fille à la maison. Ils vous diront : « ça, c’est une affaire de femme ». Le tabou est entier. Et dans le silence, de jeunes filles souffrent parce qu’elles n’ont même pas le minimum d’informations sur l’attitude à tenir, les kits gratuits de protection et tout ce qui entre en ligne de compte dans la prise en charge de la jeune fille en période menstruelle.

 C’est un problème de santé publique qui n’est visiblement pas en train d’être classé dans les priorités des décideurs du secteur. Et pourtant, il le faut. Car pour de nombreuses jeunes filles, la période de menstrues est un calvaire. Que dire de celles qui souffrent des ‘’règles douloureuses’’ ? La rareté de ces kits de protection oblige de nombreuses filles à inventer elles-mêmes des moyens de se protéger. S’exposant parfois à des infections et autres maladies liées à la précarité des méthodes qu’elles utilisent.

Selon l’agence française de développement, une femme passe, en moyenne, 2 280 jours de sa vie à avoir ses règles. Désinformation, difficultés d’accès à l’eau, à des sanitaires ou à des produits périodiques adaptés : elles sont 500 millions à rencontrer des difficultés pour gérer leurs menstruations dans de bonnes conditions. La déscolarisation d’une jeune fille sur dix en Afrique, l’impossibilité de travailler plusieurs jours par mois et une hausse de 70 % des risques d’infections vaginales sont quelques-unes des conséquences qui découlent de ces difficultés. A la faveur de la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle du 28 mai 2022, l’Etat de Côte d’Ivoire est une fois de plus mis face à ses responsabilités devant la précarité de l’hygiène menstruelle qui fait souffrir de nombreuses jeunes filles.

Certaines se sont d’ailleurs fait entendre avant d’appeler de tous les vœux à la gratuité des serviettes jetables dans les écoles, la suppression des taxes sur tous les produits hygiéniques et la disponibilité des antispasmodiques dans les écoles. Face à la souffrance de ces jeunes filles et même des femmes, une seule chose trouvera l’assentiment de ces dernières : La volonté politique ! En tout état de cause,  il faut sensibiliser la sphère politique, la société civile et les populations à la santé et l’hygiène menstruelle et, plus largement, à la situation des femmes.